Interview de Roumdoul, rappeuse asiatique en France.

Roumdoul est une rappeuse asiatique que j’ai rencontrée il y a quelques années au sein du collectif asioféministe « Sokhanyae ». Je lui ai proposé cette interview (qu’elle a tout de suite acceptée) pour la présenter mais aussi visibiliser les expériences d’une femme asiatique dans le milieu du rap français.

Explication de Roumdoul :
« J’ai surtout accepté de répondre aux questions car plus jeune j’aurai aimé avoir  l’occasion de lire un témoignage d’une femme asiatique qui part à la conquête du rap 🙂
J’ai surtout voulu le faire pour symboliser quelque chose de ce genre…
Les femmes asiatiques sont hip hop !!! »

Sortie du Single « La Capsule » 3 titres :
– Outsider
– PLM
– La Capsule


1. Que signifie pour toi d’être une femme asiatique en France ?

Déjà pour moi être une femme – tout court – c’est être une guerrière ! Aussi et surtout parce que j’ai eu pour modèle une maman qui au Cambodge était une bagarreuse dans son enfance ! Pleine de vie et de rêve, même si tout a subitement changé pour elle après avoir survécu au régime des khmers rouges.

Ma mère restera, même fragilisée, la première femme asiatique de France à m’avoir inspirée et donné de la force : c’est une guerrière, je ne la remercierai jamais assez !

J’ajouterai qu’être une femme ici en France c’est plus facile que dans d’autres pays, je suppose…je ne veux pas sous estimer la pression qui pèse sur nous chaque fois qu’il faut faire face aux attentes, les mentalités sont en train de changer, il me semble.


2. As-tu déjà vécu du racisme ? Si oui sous quelles formes ?

Oui j’ai déjà vécu le problème du racisme qui est pour moi avant tout le rejet de la différence. Se faire rejeter c’est devenu à mes yeux banal surtout quand on est une personne minoritaire de couleur dans un groupe de personnes blanches par exemple. Je ne veux pas offenser qui que ce soit, je parle de mon expérience personnelle, j’ai surtout subi du racisme de la part de personnes blanches. Ce monde est violent quand on n’y est pas préparé… J’ai subi des discriminations dues à mon appartenance sociale plus qu’à ma couleur de peau, je dirai. C’est fort possible.

Capture d’écran du clip PLM tourné à Paris, sorti le 1er Juin 2020 :
https://www.youtube.com/watch?v=7YRnZSRSr-o

Je commence tout juste à m’apercevoir depuis quelques années que certains blocages comme le manque de confiance en soi ou la peur de l’échec a un rapport direct ou indirect avec ce système qui me force à évoluer selon des modèles qui ne sont pas les miens. Dans cette société, l’apparence compte beaucoup, et les représentations qui font la norme sont loin de me parler. Dans les films et les séries, à la télé dans les publicités, l’absence de personnes asiatiques entraîne sûrement un manque de repère quand il s’agit de se retrouver en face d’une femme ou d’un homme asiatique. Il faut en parler mais je vais faire court. Je voudrais aussi dire que si tu restes éloigné de ta communauté, malheureusement, tu es vulnérable. Les remarques racistes peuvent te toucher profondément si tu n’a pas des personnes amicales qui te comprennent. Ça dépend vraiment des cas.

Pour ma part j’ai remarqué que quand je suis minoritaire dans un groupe de personnes noires ou de couleur je ne ressens pas de malaise… Pourquoi c’est différent ? Je me pose encore la question.

Sinon, dans la rue cela m’est arrivé aussi mais dans une proportion beaucoup moins importante que d’autres femmes. Je suppose que mon allure dissuade les méchants lol.

Si quelqu’un m’apostrophe en disant « Nihao » ou « Ching chang chong » il risque quand même quelque chose de ma part en retour. Globalement la vie m’a épargné ce genre de souci parce que j’en ai plein d’autres.


3. Depuis combien de temps fais-tu du rap ?

Je rappe depuis mon adolescence. J’allais au collège de la Pierre Collinet à Meaux en Seine-et-marne là où a été tourné le film « Ma cité va craquer » pour les connaisseurs haha, c’est là bas que j’ai découvert le hip hop. Mes grands frères avaient quelques CDs, ma grande soeur écoutait du RNB. Comme beaucoup de jeunes issus des banlieues, il n’y avait pas grand chose de plus pour nous.


4. Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire du rap ?

J’ai l’impression que ça s’est imposé dans ma vie, ça a toujours été en moi, j’étais assez mutique enfant et l’écriture m’a permis d’exprimer mon rapport au monde et à moi-même. Elle m’a permis de m’en sortir, de me comprendre, au fur et à mesure des années en me relisant, j’ai réussi à sortir de ma tête. C’est là qu’il a fallu être plus dans l’oralité. Le rap c’était vital. J’enregistrais sur des cassettes mes morceaux quand j’avais 14-15 ans.


5. Qu’est-ce que ça fait d’être une femme asiatique dans les milieux du rap en France?

Pour l’instant personne ne me connait, donc je ne peux pas savoir comment ça fait d’être dans le milieu rap, si je peux dire. Call me femcee et Rappeuz sont des structures qui existent depuis peu et qui tentent de mettre en lumière les talents du rap au féminin. Si j’avais rencontré ce genre de structures plus tôt, peut-être que je me serais sentie moins seule.

J’ai l’impression que maintenant on accorde plus de temps de réflexion à la question d’appartenance communautaire qu’avant. Mais dans le hip hop que moi je connais et que je valorise, tu peux être un martien, je crois que ça n’a pas plus d’importance. Je me trompe peut-être… En tant que femme asiatique je vais quand même porter mes propres stigmates.

Illustration du clip Outsider tourné à Paris 13ème, paru le 19 mars 2020 sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=UkoRZ8Dhkak

6. Je ne connais pas d’autres femmes asiatiques rappeuses. S’il y en a, il ne doit pas y en avoir beaucoup. A quoi cela est-il dû selon toi ?

A mon avis, les Asiatiques ne se montrent pas beaucoup de façon générale, mais quand on se manifeste on est quand même remarquable, lol. À quoi c’est dû, plus sérieusement, je n’en ai pour l’instant aucune idée.

7. Quelles sont tes références en matière de rap ?

Il y en a un paquet, ça serait difficile de tout citer, je dirais le rap des années 90. Il y a Disiz un des rares rappeurs que j’écoute encore. J’écoutais la FF « Si dieu le veut », Sniper « Du rire aux larmes », KDD, Les X-Men « Retour aux pyramides », NTM, IAM, Lady Laistee, Casey, Lunatic, ROHFF, Koma « Le réveil », La Scred, Kery James et Médine… J’ai un peu zappé tout ce qui s’est fait après les années 2010 pour me plonger uniquement dans l’écoute des prods (l’instrumental derrière la voix). Aujourd’hui je redécouvre cet art avec beaucoup de curiosité.

Dernière sortie : le clip du morceau La Capsule sur youtube.
https://www.youtube.com/watch?v=NQeCU7R1ev4&feature=youtu.be&fbclid=IwAR1GMFlUPlY5OIMl_zJj8UceEWL02B4fyH4UGdwL7tKZcjPohzyocNKB0pc



Si vous voulez suivre Roumdoul sur les réseaux :
Page FB : Roumdoul
Page Insta : Roumdoul La Capsule

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