Avoir eu une ex-amie blanche raciste

Témoignage de Pajlie

Je suis racisée d’origine asiatique née en France de parents asiatiques immigrés et j’ai connu cette amie blanche sur Facebook. Nous ne nous sommes vues qu’une fois car nous habitions loin. En ayant en commun la passion des séries tv, nous pouvions en discuter et en débattre de façon constructive et calmement, même si nous n’avions pas le même avis. Du coup, j’avais un peu plus confiance en elle, et lui avais confié un peu de choses mais l’incident s’est produit.

Nous parlions d’une série coréenne dans laquelle un personnage se prend pour un noir et qui m’a donc choquée pour plusieurs raisons : appropriation culturelle, fétichisation des noirs, négrophilie, racisme.

C’était une série coréenne nommée « Backstreet Rookie » adaptée d’une BD numérique érotique.

Il s’agissait d’un personnage secondaire, ami du héros qui porte un t-shirt et un pantalon genre « reggae » en plus de porter une perruque de dreads. Dans une scène des plus malaisantes, il rencontre un client noir et lui parle comme s’ils étaient de la même famille, tout en disant être 100% made in Korea. Également, lors du dernier épisode, une fille coréenne aux cheveux lisses demande une coiffure « deads rasta ».

J’ai tenté d’expliquer ce qu’est l’appropriation culturelle, le lien avec l’histoire et la colonisation, mais elle confondait avec l’appréciation culturelle. Je lui ai proposé des ressources mais au lieu de s’informer, écouter, s’excuser sincèrement et se remettre en question, elle a continué à répéter des conneries racistes.

Les ressources envoyées :

J’avais espoir qu’elle se remette en question, mais après un long message reçu en pleine nuit, rempli de conneries racistes, sans même avoir regardé les ressources, elle m’a bloquée. J’étais choquée, abasourdie et je ne m’attendais pas à ça ! Je pensais qu’elle aurait au moins pu regarder les ressources… J’ai répondu par un autre moyen, notamment pour exprimer mon incompréhension face à son racisme et son hypocrisie.

Parmi ses conneries racistes : 

  • « on se trompe de combat » concernant l’appropriation,
  • « racisme anti-blanc » (qui n’existe pas),
  • « faut lutter contre un racisme de base », sans pour autant admettre son racisme ordinaire.

Elle ne subit et subira jamais le racisme en tant que blanche car le racisme anti-blanc n’existe pas. Le racisme est lié à l’histoire, la colonisation, l’esclavage. Le racisme est une idéologie créée par une suprématie blanche qui hiérarchise les couleurs de peau, la couleur blanche étant supérieure aux autres. Le racisme n’est pas une histoire de haine individuelle, ou encore d’insultes, mais des préjugés, une stigmatisation, une discrimination liée à la couleur de peau, conséquences de l’histoire.

Dire des propos comme « le racisme c’est juste individuel », « il faut se battre contre un racisme de base » ou « on se trompe de combat », sans s’inquiéter des conséquences, sans prendre du temps pour faire des recherches ou au moins regarder les ressources envoyées est très grave. Cela s’appelle « la fragilité blanche » : le fait de protéger son égo et son privilège blanc de ne pas voir les couleurs. Elle refuse de voir le racisme qu’elle ne subit pas, de se remettre en question et choisit de se vexer, se victimiser et couper la discussion.

A titre personnel, je vais désormais me méfier des blancs et blanches, et arrêter de leur parler de racisme, y compris à mes amies. Je ne veux plus subir cette victimisation des blancs qui ne voient pas leur privilège blanc, c’est fatigant ! Certains arrivent à se remettre en question, écouter, changer mais tant pis pour mes amies blanches. Elles ne me connaîtront jamais à 100% mais l’important c’est de me connaître. J’ai moins de crainte à parler avec des militantes racisées qui comprennent ce que je dis et ont pu subir ce que j’ai subi. Juste ça, ça me suffit car cette épaule pour nous comprendre n’est jamais possible pour les non-militants pas déconstruits sur des discriminations que j’ai pu subir.

Pour les personnes qui vivent une situation similaire, ne culpabilisez pas car on ne voit pas toujours le racisme venir. On peut penser à tort qu’une amie avec qui on aime débattre de sujets divers pourrait aussi se remettre en question sur le racisme. Quand « on se sent proche », on ne voit pas toujours. On ne parle pas souvent de racisme avec des blanc·hes. Continuez à vous informer vous-mêmes, via des ressources notamment en ligne, sur ce qu’est le racisme systémique, l’appropriation culturelle, etc.

Et pour finir, un petit message aux blancs et blanches :

Quand vous ne vivez pas une chose, le racisme, que vous ne vous y connaissez pas, juste taisez-vous. Ecoutez les racisé·es, ceux et celles qui vivent le racisme, ou informez-vous via des ressources sur ce qui fait mal, ce qu’est l’appropriation culturelle, ce qu’est le racisme ordinaire pour ne pas faire subir plus de souffrances aux concerné·es. Si vous faites des erreurs, si vous tenez des propos racistes et qu’une personne racisée vous le fait remarquer, au lieu de vous braquer, écoutez et sachez vous remettre en question. Ne plus répéter vos erreurs et changer, c’est tout ce qu’on vous demande !

Pour ceux et celles qui se braquent en se victimisant, bon débarras !

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